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Femmes et poésie Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme — jusqu'ici abominable, — lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l'inconnu ! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres ? — Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les prendrons, nous les comprendrons. De Sappho à Emily Dickinson, de Christine de Pizan à Sylvia Plath, les femmes ont occupé l’espace poétique en affirmant leur identité et en transgressant les lois du genre. Après la prise de parole féministe dans les années soixante-dix, qu’en est-il de la pratique poétique des femmes? Au-delà des luttes pour la reconnaissance et du travail de réappropriation du langage, les rapports qu’elles entretiennent aujourd’hui à la poésie se sont-ils modifiés? Désormais davantage tournées vers l’intime, certaines ont, à travers leur subjectivité, développé un engagement dans et par la poésie. Comme le soulignent Nicole Brossard et Lisette Girouard dans la préface de la réédition de l’Anthologie de la poésie des femmes au Québec (2003), ouvrage essentiel s’il en est un, il semble aujourd’hui difficile d’expliquer les échecs, les silences et les abandons d’écriture seulement par la dimension socioculturelle ou patriarcale de la société. Dans le contexte de la postmodernité, la manière des femmes de naviguer d’un genre à l’autre, de la poésie au roman, par exemple, aura eu des conséquences non seulement sur leurs pratiques scripturaires, mais aussi sur celles des hommes. Il demeure encore difficile aujourd’hui de mesurer la portée de ces aventures textuelles au demeurant identifiées à une génération de femmes qui ont porté en elles ce projet. Dès lors, comment les jeunes poètes pensent-elles cette aventure collective et individuelle qu’est la poésie dans l’histoire et la transmission littéraire? Compte tenu des trajets poétiques de plus en plus diversifiés des dernières années : néoformalisme, performance, spoken word, néolyrisme, il convient de se demander quelles traces ont laissé les figures marquantes de la poésie des femmes. Au Québec, entre Nicole Brossard et Anne Hébert, la nouvelle génération, profondément marquée par les moyens d’autres disciplines artistiques et les nouvelles technologies, ne peut que penser autrement le rapport à la culture, à leur culture. Par ailleurs, que penser de la réception critique de la poésie des femmes, de la place que ces écrivaines occupent dans le panthéon institutionnel et de leur représentation dans les lieux de pouvoir autant ici au Québec que dans les autres pays de la francophonie? Dans le murmure marchand, la poésie est plus que jamais la parole la plus difficile à tenir. La présence des femmes permet-elle justement de s’éloigner, comme l’écrit Suzanne Jacob dans La bulle d’encre, des fictions dominantes? Autant de questions, autant de constats, qui en dehors des lieux communs énoncés par la différence sexuelle, se doivent d’être discutés sur la place publique, et ce, en conviant poètes, critiques, anthologistes et traductrices à s’interroger sur le chemin parcouru depuis que les femmes ont investi massivement le champ de la littérature. Carole David
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