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Quand création rime avec professionnalisation

Le milieu de la poésie est unique par son fonctionnement et son dynamisme dans le paysage littéraire québécois. Il s’agit du seul domaine où la diffusion et la promotion reposent sur la conjugaison des efforts des poètes et des éditeurs. La Maison de la poésie a été fondée par un groupe de poètes et d’éditeurs, en 2000, dans cette même perspective de regroupement des forces vives. Plaque tournante des échanges entre poètes et éditeurs, passerelle entre les créateurs et le public, la Maison de la poésie fournit également des outils de compréhension et d’analyse de ce secteur d’activité atypique et dresse aujourd’hui un état des lieux de la poésie articulé autour des conditions d’exercice de la pratique professionnelle.

Le métier de poète :
Poète, une vocation et aussi un métier avec ses exigences littéraires, ses impératifs sociaux et ses contraintes économiques. Pour atteindre un minimum de reconnaissance, le poète doit parler et faire parler de lui, lire ses créations et être lu, collaborer avec d’autres artistes, susciter et maintenir l’intérêt des critiques et des universitaires, tout en levant l’amalgame fréquent tendant à l’assimiler à un conteur ou à un auteur-interprète. Pour le poète, le livre reste le médium principal et la consécration de son statut d’artiste selon la définition de l’UNESCO adoptée par le CALQ.

L’éditeur de poésie :
Malgré la fragilité des structures, le milieu de la poésie est stable, composé de microstructures indépendantes, globalement lésées par un système de subventions privilégiant le chiffre d’affaires au détriment de la qualité littéraire et parfois en proie à un manque de concertation. Le phénomène de baisse des tirages et de hausse du nombre de nouveautés, apparu au milieu des années 1990, s’est installé dans la durée. Chaque année, près de 175* nouveautés poétiques sont publiées; des œuvres dont la promotion n’est pas assurée par les éditeurs de poésie.

La filière du livre au Québec et ses défis :
L’industrie du livre se heurte à l’absence de données publiques fiables et cohérentes, avance la SODEC dans le Portrait économique du livre au Québec : les chiffres des mots, produit en 2001. Malgré tout, de grandes tendances se dégagent pour les professionnels du milieu culturel et du secteur public : une inadaptation du système de diffusion et de distribution aux éditeurs en général, un manque de moyens des éditeurs de poésie en particulier et l’indifférence des médias pour la poésie qui conforte le désintérêt des distributeurs. À ces difficultés s’ajoute la non-application de la loi 51 promulguée en 1981 et celle des recommandations du Rapport Larose.

Les diffuseurs littéraires :
Si l’appellation est strictement encadrée par le CALQ — sont considérés comme diffuseurs littéraires les organismes producteurs et diffuseurs d’activités d’animation à valeur littéraire —, la réalité du terrain est plus vague. Ni grille de tarif des cachets pour les prestations scéniques, ni réseau de billetterie ne sont mis en place et les lieux spécifiques sont rares.

Murmure inaudible dans la polyphonie de l’industrie de l’édition, le milieu de la poésie a la capacité de faire entendre sa voix en développant des projets menés de conserve.

 

* Évaluation, faute de données disponibles.