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Accueil > Archives > Vers une économie… Vers une économie de la médiationLe mois de juin 2006 a été marqué pour la Maison de la poésie par une tournée promotionnelle en France, conjuguant spectacles et rencontres professionnelles. À cette occasion, la Maison de la Poésie Rhône-Alpes et la Maison de la Poésie de Montréal ont organisé le 9 juin, à la Cave littéraire de Villefontaine (Isère), la première table ronde dédiée à la diffusion du livre de poésie en France et au Québec. Réunie autour d’Isabelle Lambert, modératrice de la table ronde, la délégation québécoise était composée de 12 éditeurs et poètes. Le contingent français rassemblait des éditeurs, des revuistes et des représentants d’organismes culturels. L’événement visait à dresser un portrait croisé des marchés de la poésie français et québécois, et à trouver des pistes de développement communes. Globalement semblables de part et d’autre de l’Atlantique, les difficultés économiques rencontrées par les éditeurs et les poètes connaissent pourtant des nuances au plan de la structure des marchés. Alors que les éditeurs québécois bénéficient d’un important système de subventions gouvernementales à l’échelon provincial et fédéral, leurs pairs français, confrontés à une concentration croissante de l’édition et à une marchandisation accrue du livre, déplorent l’absence d’implication des pouvoirs publics et, si tous n’entrent pas en poésie comme on entre en résistance, chacun est porteur de revendications et affiche son militantisme. Cette dissymétrie de situation s’observe également en matière de diffusion en librairie. Dégagée des lourdes structures propres à la France, la diffusion de la poésie au Québec, monopolisée par deux groupes, reste limitée. Trouver un recueil de poésie contemporaine sur les tablettes des libraires relève de la gageure, souligne Isabelle Courteau, favorable à « un réseau où le livre peut être présent lors des manifestations publiques hors librairies mais en librairies aussi [avec l’objectif de] réguler une certaine présence du livre de poésie qui vient du Québec [en France] ». Au-delà des spécificités nationales, les éditeurs et les poètes, animés par un même impératif de création, vivent l’espace poétique comme un et indivisible, et expriment l’urgence à se rassembler, la nécessité de créer du lien, rappelle Pierre Vieuguet. Cette mise en réseau, amorcée avec les échanges de résidences, doit s’étendre grâce aux maisons de la poésie, lieux de convergence des lecteurs et des poètes, et pierres angulaires du rayonnement des écrits à travers la francophonie. Au mouvement des personnes fait écho la circulation des idées et des livres. Tous s’entendent sur la place de choix à accorder à Internet, à la fois banque de données littéraires et vitrine commerciale, capable de toucher un vaste public insiste Henri Poncet, fier d’accueillir 400 000 visiteurs chaque année sur le site Web des éditions Comp’Act et de réaliser entre 20 % et 30 % de ses ventes grâce aux librairies en ligne. Un public qui reste à conquérir. Alors que la pratique en amateur de l’écriture poétique connaît un franc succès, seul 1 % du lectorat achète et lit de la poésie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au Québec comme en France, un recueil de poésie se vend entre 150 et 200 exemplaires. Autant dire peu. Conscients des a priori négatifs associés au sixième art, les poètes se veulent « porteurs de livres » au sens littéral, souligne le poète québécois Joël Des Rosiers, qui n’hésite pas à multiplier les occasions de rentrer en contact avec des lecteurs potentiels en dehors des espaces publics traditionnels que sont les bibliothèques et les librairies afin d’« ouvrir des virtualités ». En guise de conclusion, une initiative collective s’inspirant de « Lettres Frontière »*, qui a permis le rapprochement des littératures et des lecteurs de la région Rhône-Alpes et de la Suisse romande, a remporté l’adhésion unanime des participants. Le projet, dont les modalités restent à définir, serait construit en partenariat avec le Québec et se déroulerait dans la région rhône-alpine. L’économie de la médiation est en marche. Ces trois heures d’échanges, souvent tumultueux, dépassant allégrement le cadre de discussion initialement prévu, ont traduit les préoccupations et les aspirations d’un milieu poétique attentif à inscrire sa diversité dans un espace commun et ouvert. * Chaque année depuis 12 ans, sous l’égide de l’Association Lettres frontière, deux jurys de bibliothécaires et libraires de Rhône-Alpes et de Suisse romande lisent l’ensemble de la production littéraire de leurs régions et y sélectionnent 10 titres. Ces lectures croisées constituent un véritable observatoire de la littérature de ce territoire transfrontalier. 12 éditeurs et poètes
Des éditeurs, des revuistes et des représentants d’organismes culturels
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